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Histoire de la ville

Le nom de Gerbéviller – la fête patronale à la Trinité

             Les temps anciens sont obscurs, mais les érudits s’accordent généralement pour reconnaître que le nom de Gerbéviller, provient du miracle des Gerbes évoqué plus loin.

Quant à la fête patronale qui devrait être à la Saint-Pierre, elle est curieusement fixée à la fête de la Sainte Trinité, à laquelle était dédiée la chapelle de l’ancien château-forteresse qui a été détruit par les Bourguignons le 15 octobre 1475.

Eléments matériels méritant d’être remarqués à Gerbéviller :

D’abord le site : dans un étranglement de la vallée de la Mortagne. Le choix de cet emplacement n’est pas dû au hasard, mais probablement aux Celtes pour leur défense.

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Chapelle Palatine

La vieille tour qui subsiste  de l’ancienne église paroissiale Saint-Pierre. Elle témoigne non seulement de l’évangélisation du pays par Saint-Mansuy, mais de la présence à ce moment, sans doute au château, d’un personnage de qualité, une riche veuve selon la légende, qui avait fait venir l’évêque de Toul. C’était au IV°s. la mise en place de la civilisation chrétienne.

– Le Château, son parc et sa Chapelle sont dignes d’intérêt mais le plus intéressant est cependant l’histoire de ce château et des seigneurs, marquis et nobles qui l’ont possédé.

– Il faut signaler le Nymphée, situé dans le parc du château et que le titulaire actuel du titre de “Marquis de Gerbéviller” , Carlos d’Aremberg, a entrepris de restaurer après avoir découvert sa valeur artistique exceptionnelle.

– Les monuments qui témoignent des graves événements de 1914, c’est-à-dire notamment : Les deux cimetières militaires français et allemand, le monument des Coloniaux, la Prêle et le monument place de la Mortagne.

L’ HISTOIRE  DE  GERBÉVILLER

             Ceux que l’Histoire attire se passionnent facilement, d’autant plus que les sujets intéressants sont innombrables. Mais, pour ce qui concerne Gerbéviller, son histoire devient vite fascinante, lorsqu’on découvre son ancienneté et ses particularités dont voici un aperçu :

Les Celtes – Les Monts-Chauves – Le Chaumontois

Ce temps protohistorique interpelle les érudits du secteur, plus précisément l’antique territoire appelé “Chaumontois”,  dont l’existence fut encore mentionnée au Moyen-Âge. En effet, le cœur du Chaumontois se trouve sur les “Monts Chauves” qui eux-mêmes se situent sur les hauteurs à proximité des villages autour de Moriviller, donc très près de Gerbéviller.

C’est là qu’une tribu Celte vécut longtemps, comme en attestent les vestiges parmi lesquels, l’impressionnante nécropole à tumuli au lieudit “La Naguée” sur le territoire de Moriviller  Selon des études réalisées sur les pollens, on sait qu’alentour, les Celtes pratiquaient l’élevage. De là haut, ils descendirent le long du ruisseau de Relaicourt pour trouver dans la vallée de la Mortagne, des terres faciles à travailler. C’est pourquoi, sur la limite entre les territoires de Xermaménil et Gerbéviller, existent des tombes à tumuli et vers 1848 fut découvert le “trésor de Gerbéviller” qui comprenait des armes et des bracelets celtes.

Tout cela ne permet pas de définir  ce que fut exactement le Chaumontois, cependant on peut former l’hypothèse que face à l’Est, c’est-à-dire du côté d’où venaient généralement leurs ennemis, les Celtes placèrent leur première ligne de défense sur le grand revers-falaise parallèle à la Meurthe dans le secteur de Fraimbois,

La deuxième ligne de défense devait se situer sur la Mortagne à Gerbéviller, où là se trouvait un ouvrage qui devint un château-forteresse.

Aujourd’hui, le temps des Celtes nous parait bien loin, mais lorsqu’on parcourt les hauteurs des Monts-Chauves, on ressent leur esprit qui souffle toujours là, dans des effluves de mystère et de merveilleux.  D’ailleurs, il y a peu, certains soirs d’été, les habitants de Moriviller voyaient encore des fées  qui dansaient en lisière de forêt.

L’époque  Gallo-Romaine (de -52 à  476)

Ce long épisode de notre histoire, fut extraordinaire par la “Pax Romana” dont profita notre pays, et aussi surtout par le bond accompli par nos ancêtres dans la civilisation. Ce constat n’atténue pas notre estime pour les Celtes, mais les Romains apportèrent une organisation et des avancées techniques qui nous étonnent encore aujourd’hui. Notamment dans la construction et la maîtrise de l’eau.

La “Villa de Lana” sur le territoire de Vallois. constitue localement, le plus beau vestige de cette époque. Ses ruines, valorisées par la Société d’Histoire de Gerbéviller méritent d’être visitées. On y voit notamment des éléments destinés à chauffer l’eau et même l’air pour assurer le confort et les bains dans la villa.

D’autre part, sur le territoire Giriviller, tout proche de Gerbéviller, fut découverte dans un champ, une sorte de crypte contenant deux bas-reliefs représentant Mercure.  Ces sculptures furent déposées au Musée Lorrain à Nancy où l’on peut les voir.

Mercure, le dieu du Commerce était l’objet d’un culte très suivi, mais Diane, souvent  confondue avec la Lune et qui était la belle déesse des fontaines et de la chasse était, elle aussi, très invoquée par la population locale. Le nom de Lunéville en témoigne.

L’évangélisation  du pays – Le “Miracle des Gerbes” (fin du IV°s.)

L’évangélisation d’un pays fait généralement l’objet d’une pieuse légende selon laquelle un saint accomplit un miracle qui convertit le seigneur du lieu et en même temps tous les sujets de celui-ci.

A Gerbéviller, on retrouve le saint et le miracle, mais à la place du seigneur, ce sont des ouvriers agricoles très sceptiques qui battent les épis pour recueillir le grain. Ils lancent alors un défi au saint : Demande donc à ton Dieu de redonner des grains aux épis battus ! Le miracle s’accomplit etc … Le récit ne s’arrête pas là, le Saint qui est Mansuetus ou Mansuy, premier évêque de Toul, ne détruisit pas le temple payen du lieu, mais il le transforma en oratoire chrétien qu’il dédia à Saint-Pierre. Cet oratoire, orienté à l’Est selon la tradition ancienne et même payenne, fut agrandi plusieurs fois et bien qu’il soit éloigné du centre de l’agglomération, resta l’église paroissiale de Gerbéviller jusqu’en 1864.   Aujourd’hui,  la vielle tour subsiste et reste bien visible. La nouvelle église construite en 1864 reprit la dédicace à Saint-Pierre.

Tout laisse penser qu’après Gerbéviller Saint-Mansuy poursuivit son périple jusqu’au Donon où il détruisit le temple de Mercure qui avait fait l’objet de grands pèlerinages. Sur la trace de son passage à Fontenoy-la-Joûte, on trouve la belle petite chapelle en haut du village et qui, elle aussi, est dédiée à Saint-Pierre. C’était la mise en place de notre civilisation chrétienne.

Le Moyen-Age (476 à 1517)

La création du duché de Lorraine date de l’an 959. et en l’an 962, Othon créa le Saint Empire Romain Germanique dont la Lorraine fit partie et dont elle ne se détacha totalement que par son “rattachement” à la France au XVIII°s.

Deux actes  marquent l’importance de Gerbéviller au Moyen-Âge :

– en 1120 et 1128 : Le duc de Lorraine confia les autels de Gerbéviller (église St-Pierre et chapelle du château) aux moines de l’abbaye bénédictine St Urbain en Champagne.

– en 1265,  le duc Ferri III accorda l’affranchissement à Gerbéviller

Jean WISSE, premier seigneur attaché à Gerbéviller (1431-1492)

Proche conseiller du duc René II ennemi du “Bourguignon”

Conséquences pour le château et la ville de Gerbéviller

La famille Wisse, originaire  de Moselle prit possession de la Seigneurie de Gerbéviller sous le règne du duc Charles II (1390-1431).  Colin Wisse fut tué en 1431 à la bataille de Bulgnéville dans l’armée du duc de Lorraine. Par la suite, son fils Jean devint un proche conseiller du duc René II, surtout à l’époque où celui-ci dut se battre contre Charles-le- Téméraire qui prétendait annexer la Lorraine à la Bourgogne. C’est ainsi qu’en 1475.  Les Bourguignons qui poursuivaient les Lorrains occupèrent Gerbéviller et s’empressèrent de démolir le château de Jean Wisse. Peu après, en 1477, eut lieu la célèbre bataille de Nancy qui vit la défaite des Bourguignons et la mort de Charles le Téméraire.

La renommée de la Lorraine monta alors au zénith et le duc René II fit largement profiter Jean Wisse de son fidèle soutien. Celui-ci abandonna alors les ruines et l’emplacement de son très ancien château-forteresse et se construisit une nouvelle demeure et une nouvelle chapelle. Il plaça celle-ci non plus à l’intérieur, mais en face de sa demeure. Il abandonna aussi l’ancienne dédicace à la Trinité qu’il remplaça par St-Jean, son patron. – En même temps il modifia la physionomie de Gerbéviller en étendant les dépendances de sa demeure seigneuriale.

Les Temps Modernes (1517 à 1789)

– Les grandes famines, la lèpre, la Peste et la Sorcellerie. Le pays connaissait tous ces fléaux à l’état plus ou moins latent et depuis toujours, mais les malheurs qui s’accumulèrent soudain furent ressentis comme une malédiction.

La léproserie qui existait aux “Bordes” près de Gerbéviller, servit à isoler les pestiférés. Après une cérémonie effrayante, ceux-ci y étaient conduits, comme pour une anticipation de la mort.- Près de Fraimbois, le village de Vaimbois disparut complètement. Tous les habitants étant atteints, leur nourriture était déposée à l’extérieur où ils venaient la chercher, mais à partir d’un moment personne ne vint plus la prendre … La “contagion” sévissait par épisodes et se déplaçait de ville en ville. Pour se protéger, Gerbéviller s’enfermait alors derrière ses remparts. En vain.

Dans les années 1580, le phénomène de sorcellerie s’empara de toute la société, même de la Justice qui s’égara dans des excès surprenants. Gerbéviller ne fit pas exception. On brûla vifs des sorciers et surtout des sorcières.

– La fondation du couvent des Carmes en 1618. La seigneurie de Gerbéviller après la mort d’Olry du Châtelet se partagea entre ses deux filles : Christienne, épouse de Jean d’Haussonville et Anne épouse de Charles de Tornielle. Celles-ci, après avoir été extraites de la Réforme où elles avaient été mises par leur père, étaient revenues dans l’Eglise de Rome, comme l’exigeait la fidélité au duc de Lorraine. Leur grande fortune leur permit en 1618 de fonder un couvent de Carmes à côté de la chapelle du château. Est-ce pour expier la dérive protestante ? Gerbéviller conserva longtemps le souvenir de Christienne, pour sa piété et sa bonté.

– Charles de Tornielle, premier “Marquis de Gerbéviller”  -Il était le mari d’Anne du Châtelet, sœur de Christienne.  Il fut un proche conseiller des ducs Charles III et Henri II et reçut le titre de “Marquis de Gerbéviller” qui fut transmis depuis jusqu’à ce jour.

            – La guerre de Trente Ans qui dura de 1618 à 1648, fut engagée à Prague par les Protestants contre les Catholiques. Ce conflit ne s’étendit à la Lorraine qu’en 1633. Ce fut le fait de la France qui envahit le duché et tenta de le soumettre, mais sans y parvenir. Le duc était alors Charles IV, redoutable chef militaire qui résista toujours autant qu’il put, mais la France était une grande puissance qui se maintint et ruina la Lorraine bien au delà de 1648. Ce que les Lorrains appellent la guerre de Trente Ans équivaut à un cataclysme avec un “avant” et un “après”. – Gerbéviller n’échappa pas au désastre par épisodes, mais considéré globalement et par comparaison, la ville parvint à résister. L’étude fait ressortir qu’en plus d’une certaine chance, cela est dû à la sagesse des responsables de la Ville et aussi à la qualité des Carmes qui ne ménagèrent ni leur vigilance, ni surtout leurs interventions auprès de leurs relations extérieures pour protéger le château et la ville de leurs bienfaiteurs.

– De 1748 à 1770, le Marquis Camille de Lambertye construisit un nouveau et beau château.  C’était du temps où la Cour de Stanislas animait Lunéville, mais le duc François III  avait déjà abandonné à la France son duché de Lorraine.   Le Marquis Camille savait donc que la fête lunévilloise et lorraine prendrait fin à la mort du roi de Pologne, mais cela ne le dissuada pas.  Le château une fois terminé fit l’admiration de tous, témoignant ainsi de la puissance financière du Marquisat.

– La Révolution Française  laissa de mauvais souvenirs à Gerbéviller. Bien sûr les idées nouvelles de Liberté, Egalité et Fraternité, furent enthousiasmantes par les espoirs qu’elles suscitèrent, mais ces espoirs furent troublés par toutes sortes d’excès.   La terreur régna à Gerbéviller comme ailleurs.

– Le Marquis Nicolas-François de Lambertye. Sa jeune veuve et son second mari Le Marquis Camille mourut en 1770 et son tout jeune fils, Nicolas-François, lui succéda, En 1788, celui-ci épousa la jeune et belle Louise Victoire Rose Parfaite du Chaylard qui lui donna un fils : Antoine, puis en 1789, le Marquis mourut subitement.

La jeune veuve épousa alors le comte Auguste-Baude de La Vieuville qui s’avéra être un homme de qualité. Celui-ci veilla aux intérêts du jeune Marquis Antoine et c’est ainsi que notamment, il se porta pour lui adjudicataire de l’ancien couvent des Carmes y compris la chapelle, vendu comme “bien national

Monsieur de la Vieuville fut chambellan de Napoléon et occupa de hauts postes dans l’Empire et même après. Il mourut revêtu de la dignité de Pair de France.

Le XIX° siècle jusqu’à la guerre 14

            Le Premier Empire est à juste titre critiqué pour toutes les guerres dans lesquelles il se laissa entraîner, mais Napoléon ne fut pas qu’un grand stratège, il fut surtout un administrateur de génie qui marqua toute l’Europe de son empreinte “révolutionnaire”: l’Homme, quelle que soit son origine, sut qu’il était capable de prouesses, et le “Mérite” ouvrit enfin la porte de l’ascension sociale.

Dans la première moitié du XIX°s. Gerbéviller vit s’installer de nouveaux habitants de qualité dont certains de petite noblesse, créèrent une micro “société” qui se voulait un peu “mondaine” et qui prospéra jusqu’à la guerre 14.

Le grand élan de prospérité se produisit sous le Second Empire et se poursuivit ensuite. Le Chemin de Fer constitua l’événement majeur qui venait soutenir l’industrialisation et toutes les activités du pays, favorisées par le “Progrès”.

A Gerbéviller, les activités étaient alors principalement agricoles.

La  vigne . En 1843 à Gerbéviller, elle couvrait 280 hectares et constituait l’un des plus grands vignobles lorrains, mais celui-ci fut ensuite détruit par des maladies, notamment le phylloxéra, au point qu’en 1889 la vigne à Gerbéviller se réduisait à 80 hectares et disparut plus tard presque totalement.

– Le houblon qui sert à la fabrication de la bière fit un temps au XIX°s., la richesse du pays.  Depuis longtemps, sa culture se pratiquait dans l’est de la Lorraine, puis elle se répandit soudain fortement, notamment à Gerbéviller et dans la vallée de la Mortagne, jusqu’à Rambervillers. La production du houblon connut son apogée vers 1880. Ensuite, elle baissa progressivement pour ne disparaître totalement qu’après la seconde guerre mondiale.

– Les mirabelliers et aussi d’autres arbres fruitiers se multiplièrent fortement à l’emplacement des anciennes vignes détruites par les maladies cryptogamiques. La mirabelle était surtout très appréciée pour son goût et sa forte teneur en sucre. Ce fruit permettait de faire d’excellentes confitures et surtout une eau-de-vie également excellente. Distillée alors à plus de 55° d’alcool, elle servait de stimulant aux travailleurs et plus tard elle “remonta le moral” des soldats qui montaient au front. Jusque vers 1950, on n’entrait pas dans une maison à Gerbéviller sans accepter de boire une ”petite goutte”. Aujourd’hui, les vieux vergers sont en friche, mais de nouveaux et beaux vergers de mirabelliers ont été plantés, qui produisent le fruit emblématique de la Lorraine.

– La Brasserie Noël. Abel Noël dont les parents fabriquaient déjà de la bière artisanale, fonda sa brasserie aussitôt après la guerre de 1870. Il fut soutenu pour cela par la puissante famille Hinzelin de Nancy, dont son épouse était issue.  La première installation se fit “au Breuil” près du grand pont sur la Mortagne. Là, une source fournissait sa bonne eau et il y avait de grandes caves. – Puis la Brasserie ayant pris de l’importance elle fut déplacée sur le site de l’ancien ermitage de “Grandrupt”.  A proximité existait un étang qui en hiver, fournissait de la glace qui était stockée dans d’immenses caves. Il y avait aussi une “source miraculeuse” mais elle n’était que la résurgence d’un ruisseau souterrain et ne convenait pas. La Brasserie dut alors rechercher l’eau par des sondages profonds qui restèrent décevants..

Lors des combats de 1914, la brasserie ne fut pas détruite, mais très endommagée  par les diverses troupes qui l’occupèrent. Abel Noël, malade avait dû partir dans le Sud pour se soigner (il mourut à Nice en 1917). C’est Antoine Hanus, son brasseur concurrent de Charmes qui vint en 1915, remettre en marche la brasserie de Gerbéviller.

Les brasseries Lorraines qui avaient connu une prospérité extraordinaire avant la guerre, connurent de grandes difficultés après 1918, par la concurrence des bières alsaciennes et allemandes. De plus, le gouvernement prit des dispositions néfastes et les garnisons lorraines qui consommaient beaucoup furent réduites. – Le brasseur Hanus de Charmes s’impliqua de plus en plus dans la Brasserie Noël et y plaça même sa bière lorsque celle de Gerbéviller devint invendable par suite d’une pollution de l’eau en 1928. La liquidation eut lieu en 1933 et les bâtiments acquis par l’Etat,  devinrent jusqu’en 1940, un centre mobilisateur.

La Brasserie Noël qui employait un nombreux personnel, avait contribué pour une bonne part à la prospérité de Gerbéviller.

Lundi 24 août 1914 : le jour le plus long pour Gerbéviller

La guerre fut déclarée le 28 juillet 1914 et dès le 14 août, depuis Nancy, notre armée fut lancée dans les territoires annexés pour les reconquérir. Ce fut relativement facile au début, mais lorsque le 20 août les Français arrivèrent devant Morhange, les Allemands déclenchèrent une très violente contre-offensive qui bouscula notre armée. Celle-ci battit en retraite précipitamment, poursuivie par l’armée  du Kayser qui contourna la place de Nancy par le Sud, vers la “Trouée de Charmes”. Elle ne rencontra alors qu’une très faible résistance, même à Lunéville et elle arriva ainsi devant Gerbéviller qui ne devait pas constituer un obstacle. C’était sans compter sur deux sections de chasseurs-à-pied qui étaient venues dans la nuit prendre position sur la rive gauche de la Mortagne, pour retarder l’avance allemande et permettre à notre armée de se reconstituer.

La défense de la ville de Gerbéviller fut assurée par les soixante hommes de la section de l’adjudant Chèvre qui prit position près du grand pont de la Mortagne et derrière les murs des jardins proches de la rivière. Dans la matinée, les Allemands arrivèrent et furent accueillis par un feu meurtrier. Les Français attendaient que l’ennemi approche pour tirer à coup sûr. La surprise et les pertes furent telles pour les Allemands qu’ils se crurent face à une force considérable et ils accusèrent les habitants, donc les civils d’avoir participé au combat. Il se livrèrent alors à toutes sortes d’atrocités sur les habitants de la rive droite.

Dans l’après-midi de ce 24 août, les chasseurs durent se retirer faute de munitions et par les bois rejoignirent l’armée française. Les Allemands envahirent alors la rive gauche où, comme ils l’avaient déjà fait sur la rive droite, ils incendièrent les maisons, le château et l’église et martyrisèrent les habitants. Au total, on dénombra 65 victimes civils.

Pour clore l’épisode militaire de Gerbéviller, il reste à dire que le lendemain 25 août, l’armée française qui avait pu se reconstituer, livra et gagna à Rozelieures , la bataille qui mit fin à l’avancée de l”armée allemande. Celle-ci se retira alors sur la rive droite de la Meurthe, non sans avoir livré des combats très meurtriers dans tout le secteur abandonné.

Le combat des chasseurs à Gerbéviller constitue un exploit exemplaire, surtout pour son chef, l’adjudant Chèvre, qui remplit parfaitement sa mission difficile et cela sans perte dans sa troupe.

L’attitude exemplaire de Sœur Julie. Elle était alors la supérieure des Sœurs de Saint-Charles qui tenaient l’hôpital-hospice de Gerbéviller sur la rive gauche. Au moment de la bataille, de nombreux lits étaient occupés par des soldats français blessés après Morhange. Dans la soirée du 24 août, un officier allemand entra dans l’hôpital et accusa les Sœurs de cacher des militaires français faussement blessés. Sœur Julie lui fit face alors avec une telle détermination, que non seulement il épargna l’hôpital, mais elle parvint à le convaincre d’arrêter d’incendier les maisons. C’est ainsi que toute la rue dite “Maurice Barrès” échappa à la destruction. Cet exploit d’une femme de devoir dans tout ce déchaînement de violences mérite admiration et réflexion.

Après sa destruction quasi-totale par les Allemands, Gerbéviller devint célèbre dans toute la France – Il faut savoir que dans les premiers temps de la guerre 14, l’armée allemande appliqua la méthode des stratèges prussiens, selon laquelle, une guerre pour être courte devait être cruelle. Autrement dit l’armée allemande devait être effrayante pour dissuader l’ennemi de résister. Ainsi de nombreuses atrocités furent alors commises dans l’Est et le Nord,

La France et même le Monde devait voir et savoir ce qu’était la “barbarie allemande” mais pour cela, impossible de montrer une ville martyrisée, restée sous contrôle allemand. Gerbéviller étant la seule ville reconquise par les Français aussitôt après les événements, c’est donc elle qui servit à la démonstration. Il est vrai que le spectacle était effrayant, comme les récits. Tout fut mis en œuvre, notamment une profusion de cartes postales avec des photos de ruines et que tous les militaires expédièrent dans leurs familles. Tout homme exerçant des fonctions politiques ou civiles devait avoir visité Gerbéviller qui devint ainsi célèbre dans toute la France.

L’après guerre 14

            La reconstruction après 1918 améliora beaucoup l’habitat, car les “dommages de guerre” furent distribués généreusement, mais ils permirent des transferts à l’extérieur au détriment du patrimoine immobilier local. Ainsi par exemple, la famille du brasseur Noël abandonna les ruines de sa belle maison de Gerbéviller, pour construire un très bel immeuble à Nancy, boulevard Albert 1er. Quant au Marquis de Lambertye, il resta fidèle à Gerbéviller, mais réduisit considérablement son nouveau château.

Dès avant la guerre 14, Gerbéviller comme toutes les petites villes, avait déjà amorcé une baisse de prospérité au profit des grandes villes comme Nancy. L’après guerre confirma ce mouvement.

Les Etablissements Picot. Ils doivent être ici évoqués, car durant une quarantaine d’années, jusque dans les années 60, ils fournirent du travail à la population au point que Gerbéviller semblait vivre à leur rythme.

Au début, c’était la scierie Joly-Picot, puis avec la reconstruction, Jules Picot y ajouta une menuiserie qui devint une importante fabrique de meubles. Le personnel hautement qualifié et bien encadré, fit la renommée des Etablissements Picot par la qualité de ses productions. Malheureusement, cette entreprise comme beaucoup d’autres n’eut pas les moyens de s’adapter au progrès que constituaient notamment les matières plastiques.

A Gerbéviller, à l’automne 1944, le Général Leclerc et sa célèbre 2° DB,

prirent leur élan avant de se lancer en Alsace et réaliser leur “serment de Kouffra

On ne peut pas traiter l’histoire de Gerbéviller, sans évoquer le prestigieux Général Leclerc et sa 2° Division Blindée qui stationnèrent six semaines à Gerbéviller, avant de se lancer en Alsace et réaliser le serment de Kouffra qui était de reconquérir Strasbourg, symbolisée par sa cathédrale.

Gerbéviller fut libérée définitivement  par les Américains,le 20 septembre 1944, après avoir connu quelques péripéties heureusement sans conséquences pour la population.

Dans ces temps là,  les armées alliées marquèrent un temps d’arrêt, car ne disposant d’aucun véritable port, leur approvisionnement  était difficile, et aussi parce que la défense allemande se faisait plus forte.

Le 25 septembre, le Général Leclerc vint s’installer au château de Gerbéviller et avec lui son état major, dont les officiers logeaient chez les habitants. Ils restèrent là six semaines au cours desquelles la population vécut une sorte de résurrection.

Après les mobilisations de 1938 – 1939 et la “drôle de guerre”, l’armée française avait déjà donné un triste spectacle qui fut suivi en bouquet final par la “débâcle” de 1940. Aucun de ceux qui ont vécu cela ne peut l’oublier. La chute fut si énorme que nous crûmes perdre définitivement toutes nos illusions. L’occupation allemande qui dura ensuite quatre années nous fit connaître la nécessité de l’Espérance, même si, dans le même temps, nous connurent toutes les faiblesses  humaines. Après cette observation, le lecteur peut comprendre ce que ressentirent les habitants de Gerbéviller lorsqu’ils accueillirent la Division Leclerc.

Rien de commun avec l’armée française de 1940, car l’enthousiasme animait tous ces militaires.  Une sorte de lien affectif  semblait les unir tous, officiers, gradés et hommes de troupe. La discipline et l’ordre régnaient comme naturellement.

La “Division Leclerc” faisait partie de la 3° Armée américaine du Général Patton et après avoir libéré Paris elle avait avec succès, livré une grande bataille le 13 septembre dans le secteur de Dompaire, contre 45  chars allemands “Panther”.

Nul doute que durant tout le temps où il resta à Gerbéviller, le Général Leclerc  prépara l’offensive sur l’Alsace avec son état-major.

Les habitants qui ont vécu ces temps là se souviennent de deux manifestations : Une prise d’armes, début octobre, place de la Mortagne. Le Général qui avait placé son char-PC “Tailly” près du monument, passa la troupe en revue, avec sa célèbre canne à la main. Puis après l’évocation des morts, les silences et sonneries réglementaires, un officier donna lecture de l’ordre du jour n° 60 de la Division.

Cette cérémonie, avec ses commandements secs fut impressionnante par sa sobriété et son cérémonial militaire. On sut plus tard que Philippe de Gaulle, fils du Général y participait. Il était alors cantonné à Clézentaine avec ses fusilliers-marins.

L’autre manifestation fut un spectacle donné par les artistes militaires et offert par la Division à la population pour la remercier de son accueil.

C’était au théâtre du château un dimanche d’octobre 1944. Tout cet automne fut très pluvieux et les militaires en Lorraine pataugeaient et circulaient dans la boue et le purin.

Après la Division Leclerc, Gerbéviller accueillit longtemps des Américains, notamment des éléments de la 7° armée du Général Patch qui laissèrent un excellent souvenir.

Aujourd’hui, Gerbéviller  maintient bien ses activités qui s’appuient sur deux points forts : son groupe scolaire et sa maison de retraite.

Quant à son attractivité économique et touristique, il y a lieu d’être optimiste, car le pays dispose d’atouts majeurs, avec sa jolie rivière, ses belles forêts et ses associations qui animent sa vie.

De plus,  Gerbéviller profite de sa proximité avec les centres urbains de Lunéville et Nancy.

Une nouvelle politique en faveur des campagnes devra être mise en place.

Regard final sur les personnages de Gerbéviller

            La veuve qui fit évangéliser le pays au IV°s. devrait être citée en tête, mais la légende n’est pas suffisamment précise.

Jean Wisse au XV°s. eut un rôle déterminant à la fois pour asseoir la seigneurie de Gerbéviller et remodeler la ville. au moment où la Lorraine prit une importance nouvelle.

Christienne du Châtelet et Charles de Tornielle au début du XVII°s. pour la fondation du couvent des Carmes et l’élévation de la seigneurie de Gerbéviller en Marquisat.

Le Marquis Camille de Lambertye qui, au XVIII°s. édifia à Gerbéviller son beau château malheureusement détruit en 1914.

L’adjudant Chèvre, qui en 1914 bloqua l’armée allemande pendant une journée à Gerbéviller et permit ainsi à l’armée française de se res   saisir pour engager la bataille de Rozelieures.

La soeur Julie qui le 24 août 1914 en pleine folie guerrière, parvint à imposer raison à un officier allemand (Cet officier aurait pu lui-même être cité, car il eut le mérite de se laissser convaincre)

La “Marquise”  qui un temps, fut le personnage vedette de Gerbéviller. Elle était la veuve du Marquis Charles de Lambertye, capitaine de frégate qui perdit la vie à Calais durant les événements de 1940. A partir de là, elle quitta Paris et vint s’installer au château de Gerbéviller avec ses trois filles, qu’après la guerre elle maria à des princes de haute noblesse belge, d’Arenberg et de Ligne. Elle était d’origine espagnole et sa parole s’agrémentait d’un accent qu’elle cultivait sans doute. Longtemps, elle fut élue maire de Gerbéviller et sa forte personnalité fut appréciée au point que les anciens du pays conservent d’elle un souvenir vivace souvent  affectueux. C’est pourquoi elle mérite d’être citée ici.